Des mots pour...
… se décentrer
Copernic a opéré une révolution en émettant l’hypothèse que l’observateur jusqu’alors considéré au centre de l’univers, pouvait en fait lui-même tourner autour du soleil. Changer de position et de référence, telle est ce que Kant appelait la révolution copernicienne.
Nous rencontrons des situations qui appellent un tel retournement pour que la personne en situation d’exclusion soit véritablement au centre des dispositifs et non l’inverse.
Quand pour sortir d’un CHRS situé en Centre Ville, on propose un logement en périphérie, on se heurte souvent à des refus liés au changement d’école par exemple. Pourquoi la personne doit-elle déménager pour accéder à un logement ? Pourquoi ne serait-ce pas le local qui changerait de statut ?
Quand un jeune avance dans son parcours, il rencontre des difficultés de natures différentes et doit changer d’interlocuteur en fonction de leurs compétences. Pourquoi, quand un jeune a un contact qui fonctionne avec un interlocuteur en qui il a confiance, celui-ci ne garde-t-il pas la main, les acteurs se débrouillant entre eux pour « qualifier » celui qui a la relation ?
Dans les deux cas, la logique des dispositifs l’emporte et les parcours des personnes doivent s’y adapter. Opérer une « révolution copernicienne » consisterait à adapter les dispositifs aux parcours des personnes fragilisées, ce qui semble un impératif pour sortir de l’exclusion. Encore faut-il partir de leur point de vue pour définir les politiques qui les concernent. Nous faisons trop souvent l’expérience qu’on demande aux plus fragiles de faire preuve de plus de souplesse et d’adaptation que nous-mêmes ne pourrions en avoir, a fortiori les institutions, qui trop souvent appréhendent les personnes les plus pauvres comme une menace plutôt que comme des partenaires incontournables pour définir les dispositifs. Quand la participation des bénéficiaires est inscrite dans la loi, l’évaluation de l’action sociale ne peut se passer du point de vue de ceux auxquels elle prétend bénéficier.
Dans « Le cercle des poètes disparus », le professeur invite ses élèves à monter sur le bureau pour voir le monde autrement. C’est ce que nous invitons les acteurs institutionnels à oser pour que les politiques qui visent les exclus cessent d’être pensées à partir d’un point de vue qui n’est pas le leur.
Bruno Lachnitt, Directeur
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"Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité"
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